Voies Oubliées

AccueilPoèmes

La fin · Yann

Sonnet pour une ligne

Yann

Ligne, que l'on aima quand tu étais nouvelle,Quand les bourgs se paraient pour te voir arriver,Et que le laboureur laissait son blé leverPour courir au talus voir ta fumée si belle :

Tu n'es plus, aujourd'hui, qu'une ronce rebelle,Un remblai que les bœufs ont fini de brouter,Un pont dessous lequel il n'est plus rien d'ôter,Un quai d'herbe où le vent tout seul se renouvelle.

Las ! il en va des rails ainsi que des amours :On les suit, on les quitte, et l'on prend d'autres cours,Et le fer se souvient de ce que l'homme oublie.

Pource, passant, arrête au bord de ce fossé,Et donne un peu d'honneur à ce qui fut tracé :Cueille ton jour, ami : toute ligne est finie.

Notice

L'arrivée du chemin de fer dans un chef-lieu de canton était une fête municipale, avec arc de triomphe, fanfare et discours. Beaucoup de ces lignes ont fermé moins de soixante-dix ans plus tard.

Sur ce site

Les autres poèmes de Yann

Sources

  • Yann, texte inédit, 2026.