Les communes qui ont perdu leur gare
En 1930, presque chaque chef-lieu de canton français avait sa gare. En croisant l'inventaire des lignes disparues avec les horaires de transport public publiés aujourd'hui, on peut compter ce qui a été perdu : 12 094 communes françaises avaient une gare desservie et n'en ont plus.
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Les 12 094 communes, colorées par le temps qu'il faut aujourd'hui
pour rejoindre leur préfecture.
Quand les gares ont fermé
La coupe la plus brutale n'est pas celle qu'on croit. Ce n'est pas la fermeture des « petites lignes » des années 1970, mais la coordination rail-route de 1938, qui a supprimé d'un coup la desserte voyageurs de milliers de gares secondaires.
Les communes les plus éloignées du rail aujourd'hui
Distance à vol d'oiseau jusqu'à la gare la plus proche encore desservie par un train, pour les communes de plus de 300 habitants ayant perdu la leur.
| Commune | Département | Habitants | Gare la plus proche | Fermeture |
|---|---|---|---|---|
| Eauze | Gers | 4 108 | 46 km | 1940 |
| Manciet | Gers | 758 | 46 km | 1940 |
| Bretagne-d'Armagnac | Gers | 408 | 45 km | 1940 |
| Riscle | Gers | 1 622 | 44 km | 1940 |
| Saint-Gérand-Croixanvec | Morbihan | 1 312 | 42 km | 1951 |
| Lagraulet-du-Gers | Gers | 560 | 42 km | 1940 |
| Gabarret | Landes | 1 283 | 42 km | 1938 |
| Nogaro | Gers | 2 238 | 40 km | 1940 |
| Saint-Gonnery | Morbihan | 1 087 | 40 km | 1951 |
| Aulas | Gard | 456 | 40 km | 1939 |
| Avèze | Gard | 1 053 | 40 km | 1939 |
| Le Vigan | Gard | 3 863 | 39 km | 1939 |
| Cléguérec | Morbihan | 2 885 | 39 km | 1947 |
| Saint-Martin-de-Valamas | Ardèche | 1 075 | 39 km | 1968 |
| Arblade-le-Haut | Gers | 308 | 39 km | 1940 |
| Fougerolles-du-Plessis | Mayenne | 1 215 | 38 km | 1938 |
| Primelin | Finistère | 650 | 38 km | 1938 |
| Cazaubon | Gers | 1 665 | 38 km | 1938 |
| Bourriot-Bergonce | Landes | 326 | 38 km | 1938 |
| Gondrin | Gers | 1 175 | 38 km | 1940 |
| Cazilhac | Hérault | 1 605 | 38 km | 1931 |
| Mérinchal | Creuse | 654 | 38 km | — |
| Liernais | Côte-d'Or | 482 | 38 km | 1932 |
| Molières-Cavaillac | Gard | 905 | 38 km | 1939 |
| Alligny-en-Morvan | Nièvre | 594 | 37 km | 1939 |
Par département
Ce que le rail a reculé
La comparaison la plus simple est aussi la plus sûre : elle ne suppose rien des trains qui circulaient, seulement où se trouvaient les gares. Ces communes avaient toutes une gare à moins de 4 km de leur centre — à 1,9 km en médiane. Aujourd'hui, la gare desservie la plus proche est à 10,7 km en médiane, et à plus de 22 km pour une commune sur dix. 1 279 d'entre elles ont vu le rail s'éloigner de plus de 20 km.
Distances à vol d'oiseau depuis le centre de la commune. Le chiffre de 1930 est borné à 4 km par construction : c'est le critère qui définit « avoir eu une gare » dans cette étude.
Ce que coûte aujourd'hui l'absence de gare
Perdre sa gare n'est pas qu'un fait d'archive. Pour chacune de ces communes, on peut mesurer sur les horaires réels de 2026 le temps qu'il faut pour rejoindre sa préfecture en transport public — train, car, bus, toutes correspondances comprises.
La moitié de ces communes sont à plus de 2 h 48 de leur préfecture. Et le temps n'est pas le seul obstacle : pour 5 326 d'entre elles, les données ouvertes ne recensent aucun arrêt de transport public à moins de 2,5 km du centre, et 340 n'ont aucun itinéraire vers leur chef-lieu aux heures testées.
Comment ces chiffres sont établis
Une commune est comptée comme « ayant perdu sa gare » si l'inventaire des lignes disparues atteste d'une gare sur son territoire, desservie aux voyageurs en 1930, et si aucune gare ferroviaire desservie ne se trouve aujourd'hui à moins de 4 km de son centre. La desserte actuelle est lue dans les fichiers GTFS publiés sur transport.data.gouv.fr (413 réseaux, journée de référence du 1er septembre 2026) ; les dates de fermeture proviennent de l'inventaire d'Archéologie Ferroviaire, reformulées.
Le temps de trajet vers la préfecture est calculé par un algorithme de recherche d'itinéraire sur ces mêmes horaires, au départ du centre de la commune, tous modes confondus et correspondances comprises. C'est la médiane sur cinq heures de départ d'un mardi ordinaire — et non le meilleur trajet de la journée, qui donnerait une image flatteuse de la desserte : à Riscle, le meilleur trajet vers Auch prend 3 h 16, la médiane 5 h 14. Le nombre de départs qui aboutissent est indiqué à côté du temps, parce qu'un unique car quotidien ne fait pas une desserte.
Ce que ces chiffres ne disent pas. Le rattachement d'une gare à sa commune vient d'un géocodage automatique : les gares au rattachement incertain ont été écartées du décompte (1 334 sur 8 931), ce qui sous-estime le nombre de communes touchées plutôt que de l'exagérer. La mention « aucun arrêt recensé » signifie qu'aucun arrêt de transport public ne figure dans les données ouvertes à moins de 3 km — pas nécessairement qu'il n'en existe aucun : la couverture GTFS reste très inégale d'un département à l'autre, et le taux départemental est rappelé sur chaque page pour que le lecteur en juge. Enfin, aucun temps de trajet de 1930 n'est avancé ici : le reconstituer demande un modèle de vitesses qu'aucun horaire d'époque ne vient encore calibrer.